Art du verre

Sommaire

– 1. Kai Loges, Glas-Verre, film photographique, regiofactum 2017 / Momentaufnahme

– 2. Allan Wisniewski, Yvette, interview, Transposition par Sylvie Grimm-Hamen, vidéo, 2016-2018

– 3. Anne Funke, Le vitrail en Grande Région, 2019

 

1. Film photographique Glas-Verre

Le film photographique Glas-Verre de Kai Loges nous fait découvrir le savoir-faire unique des verriers de la Grande Région :

 

2. Vidéo Yvette : La passion du cristal

La vidéo Yvette d’Allan Wisniewski dresse le portrait d’une citoyenne frontalière à Saint Louis-lès-Bitche, en Lorraine.
Traduction en allemand ou en français par Sylvie Grimm-Hamen.

 

3. Le vitrail en Grande Région :

La Cathédrale de Metz, un savoir-faire exemplaire

Par Anne Funke

« La lanterne du bon Dieu » brille le soir d’un éclat particulier et invite à la méditation nocturne. De l’extérieur les milliers de pierres colorées scintillent, puzzle étrange et mystérieux. Il faudra attendre le jour pour découvrir la riche iconographie des verrières colorées dans la Cathédrale St Etienne de Metz. La construction d’une des plus grandes cathédrales gothiques européennes s’est déroulée dans le contexte d’émulation des grands chantiers religieux voisins, tant à Reims, Toul et St. Nicolas de Port pour ne citer qu’eux. On retrouve à Metz, une volonté de surpassement. Ainsi la cathédrale St Etienne offre-t ‘elle une liste de superlatifs avec la hauteur de voute, la largeur de la nef et plus encore avec la surface vitrée inégalée jusqu’à présent en Europe.

ABB: Cathédrale de Metz, Photo : die arge lola/regiofactum 2006

Les vitraux qui ferment les nombreuses ouvertures sont le fleuron du savoir-faire lorrain. Depuis le Moyen-âge, les verriers sont installés dans la région et la production s’accroit rapidement grâce aux matières premières présentes sur place (sable, salin (oxyde basique, colorants, combustible et argile pour les fours). Grâce au doigté commercial qui l’accompagne, les précieux éclats s’exportent de plus en plus loin en Europe. Au XVIème la technique de production du verre s’améliore si bien qu’on parle même d’une aire proto-industrielle. La concurrence entre le verre lorrain soufflé en manchon et le verre Normand soufflé en couronne est à son comble et les grands chantiers par delà les frontières ducales sont très demandeurs. Toul, Metz, Saint-Nicolas-de-Port sont les vitrines de l’art du vitrail qui gagne ses lettres de noblesse. Non seulement le commerce du verre s’étend à toute l’Europe, mais les artistes suivent la matière précieuse pour exercer sur les grands chantiers. Parfois seuls leurs cartons font le voyage et sur place des artisans verriers réinterprètent leurs représentations de façon plus ou moins réussie.

Ihre Erbauer –wetteiferten mit den benachbarten sakralen Großbaustellen in Reims, Toul und St. Nicolas de Port, um hier einige wenige zu nennen. St. Etienne in Metz sollte alles in den Schatten stellen. Sichtbare Beweise für diesen Anspruch sind das imposante Gewölbe, das breite Schiff und die in Europa unübertroffene Fläche aus Glasfenstern.

ABB: Cathédrale de Tournai, Wallonie, photo: die arge lola / regiofactum 2011

La Cathédrale de Metz est un bel exemple de la mobilité des artistes verriers et l’attrait que pouvait exercer la construction d’un tel édifice sur les plus grands. Les artistes des verrières du XIIIème siècle restent inconnus. Mais déjà en fin de XIVème Hermann de Münster s’attelle à la façade ouest de la cathédrale et dans la tradition des peintres outre-Rhin réalise une verrière à grands personnages, avec une alternance de saints et de prophètes avec concordance entre ancien et nouveau testament, sertis dans une architecture monumentale. Une rose couronne le tout sur le thème de la crucifixion. Preuve de l’estime qui lui est portée l’artiste a le privilège d’être enterré dans la cathédrale sous son œuvre.

 

 

Un peu plus de cent ans plus tard, vers 1505, dans le transept nord, Thomas de Clinchamp et  Thiébaud de Lixheim, venus d’Alsace reprennent le thème des grandes figures et leurs galeries de saints et de saintes. Ils les font évoluer sous des baldaquins arborescents. Dans les soubassements, des représentations narratives retracent le martyre des saints, précurseurs des bandes dessinées. En face, sur la façade méridionale du croisillon sud, Valentin Bousch reinterprète vingt ans après les compositions d’Hermann de Münster et Thiébaud de Lixheim. Cette fois-ci saints, saintes, évêques et pères de l’église semblent discuter vivement sous une architrave décorée de nombreuses grotesques et de rinceaux variés qui s’étale sur toute la largeur de la verrière par-dessus les lancettes. Les couleurs somptueuses et brillantes des brocarts chatoyants captent l’œil du visiteur et permettent de saisir la différence qu’apporte le verre lorrain par rapport au verre plat : Ses boursouflures, bulles d’air et impuretés permettent à la lumière d’être diffusée largement et de rayonner avec éclat.

Nous devons la conservation des vitraux anciens de la Cathédrale pendant la Révolution française à une réflexion très pragmatique et économique. La Cathédrale, devenue lieu de réunion public central avec ses grandes fenêtres serait devenu inutilisable sans ses obstructions de verres. Pour une telle surface, la somme à investir même dans du verre blanc aurait été démesurée et la quantité nécessaire introuvable.

Plus tard, la qualité des verrières et l’engouement du XIXème siècle pour le vitrail protégea de nouveau le patrimoine verrier de l’édifice.

Dans sa ville de Metz impériale, Guillaume II soigna les bâtiments historiques et religieux tout en modernisant la cité. Une attention particulière est apportée à la Cathédrale, les verrières sont nettoyées, répertoriées et restaurées. Lors des conflits mondiaux, les vitraux sont descendus et protégés.

Grâce au renouveau du vitrail après 1945, différentes commandes sont effectuées auprès d’artistes d’avant-garde pour compléter ou refaire les verrières endommagées. Ainsi doit-on à Roger Bissière et Pierre Gaudin des fenêtres dans la nef, à Francois Villon trois fenêtres dans la chapelle des martyres et à Marc Chagall les vitraux des chapelles du déambulatoire et du transept nord. L’iconographie est très variée. Les artistes travaillent de façon abstraite ou figurative. Cependant chacun se positionne dans la lignée des verriers des temps anciens et crée ou réinterprète avec un respect de ce qui était déjà, ce qui confère à l’ensemble une harmonie exceptionnelle.

Bibliographie :

Germaine Rose-Villequey, Verre et verriers de Lorraine au début des temps modernes (de la fin du XV. Siècle au début du XVII. Siècle), Paris, Univ., Diss., [S.I.], 1970

Michel Hérold, Les vitraux de Lorraine et d’Alsace, Corpus Vitrearum, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, Paris, 1994

Michel Hérold, Les vitraux de Saint-Nicolas-de-Port, Corpus Vitrearum, Paris, 1993


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