Ambassade de France de Sarrebruck

Mémoire architecturale au miroir de la France et de l’Allemagne :

L’ancienne ambassade de France en Sarre 1945 – 1955 / 2018

Eva Mendgen (en coopération avec Sylvie Grimm-Hamen, Norbert Mendgen,
Maxime Santiago, Alexandra Schlicklin, Christoph Ehre et Alain Poncelet)

Transposition: Sylvie Grimm-Hamen 

 

« Fasse le ciel qu’il se trouve quelque citoyen assez zélé pour embrasser de tels projets, une âme assez forte pour les suivre. (…)»
Voltaire (des embellissements de Paris 1749)[1]

Une région-charnière au cœur de l’Europe

L’ambassade de France en Sarre est un bâtiment au destin singulier qui fait partie du patrimoine non seulement architectural mais aussi politique et culturel de la Sarre, dont l’avenir est aujourd’hui incertain. Si l’on peut se réjouir de ce que celle-ci attire depuis peu l’attention des chercheurs, cette ambassade reste toutefois un héritage dont la portée est largement méconnue.
L’une des raisons de cette méconnaissance tient au fait que les études qui lui sont consacrées ne prennent pas suffisamment en considération l’environnement frontalier et biculturel de l’édifice. L’ambassade n’a pas encore fait l’objet jusqu’ici d’une analyse scientifique digne de ce nom qui rende justice à la complexité de l’histoire de sa construction, à son ameublement, à sa définition et à sa situation dans l’espace de ville. Jusqu’à aujourd’hui, ces considérations n’ont fait l’objet que de recherches partielles et succinctes[2].

Vidéo Modélisation 3D par Maxime Santiago – © Tous droits réservés, janvier 2019

Contrairement à ce que l’on peut fréquemment lire sur le sujet, les acteurs politiques et culturels engagés dans ce projet novateur et ambitieux au sortir de la Seconde Guerre mondiale furent à la fois français et sarrois et, pour des raisons différentes, ceux-ci se virent en pionniers de l’Europe. Le contexte singulier de cette ambassade est, en effet, celui de la ville de Sarrebruck, devenue la capitale du Land de Sarre après l’unification avec la RFA en 1957/1959. La Sarre et Saarbrücken – que les Français orthographient volontiers « Sarrebrück » – sont une région et une ville industrielles à la frontière franco-allemande qui furent longtemps l’enjeu de visées nationalistes, avant de devenir après-guerre des lieux emblématiques du projet européen porté par Robert Schuman et par les personnalités politiques de l’après-guerre en Sarre, Gilbert Grandval et Johannes Hoffmann.

Vue par ce prisme européen, l’ancienne ambassade de France en Sarre gagne une dimension nouvelle : elle apparaît comme le témoin singulier d’une expérimentation à grande échelle sur la vocation européenne de cette région frontalière. Dans son premier numéro de mai-juin 1945, la revue parisienne L’Architecture d’Aujourd’hui, attribuait déjà aux régions bilingues situées le long de la frontière franco-allemande une importance particulière. En devenant une Zone française d’occupation, la Sarre devenait de fait, comme les autres territoires annexés et en grande partie détruits, une zone de reconstruction à la fois matérielle et idéelle, et le terrain privilégié d’un nouveau départ permettant de surmonter les anciens combats idéologiques et qui devait se réaliser dans le cadre d’un « Planning moderne » qui restait encore largement à définir[3].

« Esprit contemporain »

« C’est que si le passé est séparé du présent par des obstacles, des collines, des montagnes, des cassures, des différences, il a, pour le rejoindre, ses routes, ses chemins, ses infiltrations : il flotte autour de nous, méconnu et insuant, et, sans trop le savoir, nous y sommes englués.» (Fernand Braudel)[4]

Ce que l’historien Fernand Braudel constatait à propos de l’histoire de France vaut tout particulièrement aussi pour celle de la Sarre. Pour celui qui la regarde de loin, elle donne d’abord le sentiment d’être un espace étrangement a-historique, dans la mesure où pas plus l’Allemagne que la France n’y ont encore mené ce travail de mémoire si essentiel pour l’Europe d’après-guerre et d’aujourd’hui. Mais quand on y vit, on constate que les conflits du passé récent ne sont jamais loin. Les traces laissées notamment par les référendums de 1935 et 1955 – dans des circonstances tout à fait différentes, la population a eu à se prononcer deux fois sur sa réunification avec l’Allemagne[5] – sont toujours là, de façon latente.
La Sarre – ou plutôt le Saarland – est une construction politique qui n’existe en tant que telle que depuis le 20e siècle[6]. Sa population a toujours été soupçonnée, par les Allemands comme par les Français, de vivre dans un entre-deux et de ne pas avoir d’appartenance nationale clairement définie. Selon les cas, les Sarrois passaient pour être soit imprévisibles soit rapidement assimilables. Pendant près de deux siècles, la France rivalisa avec l’Allemagne pour conquérir cette région que ses riches gisements de charbon prédisposaient à devenir un centre de l’industrie de l’armement, mais que sa situation frontalière rendait particulièrement vulnérable.
Entre le 15 décembre 1947 et le 23 octobre 1955, la Sarre eut pour la première fois l’opportunité de devenir un « foyer de la culture européenne », et un « lieu de rencontre de l’Europe », et cela sous les auspices de la France. Dans la brochure de candidature de Sarrebruck comme capitale de la CECA, on peut lire en 1953, que la ville « y voit un honneur, mais aussi un encouragement à poursuivre la nouvelle voie dans laquelle elle s’est engagée.»[7] Trop d’études scientifiques négligent la dimension européenne de cet « esprit contemporain » revendiqué d’abord dans le plan de reconstruction régional, avant de présider à la fondation d’une université franco-allemande à Sarrebruck, appelée à devenir la première université européenne, selon les termes de la convention culturelle bilatérale conclue entre la France et l’Etat de la Sarre en 1948. Dès le début, l’accent mis sur le bilinguisme et les approches comparatives dans un établissement qui était alors une antenne de l’université de Nancy, devait créer les conditions d’un rapprochement entre les peuples et former des pionniers de l’Europe. Dans le même esprit, on fonda aussi un centre des métiers d’art où l’on formait des artisans et des techniciens de la reconstruction, tels les architectes[8]. L’Europe allait offrir ainsi un nouvel horizon à une région longtemps livrée aux ambitions de la France ou de l’Allemagne[9].

« Architectes associés »

L’ancienne ambassade de France à Sarrebruck est le dernier témoin emblématique de la vocation européenne de ce petit Etat indépendant que la Sarre fut entre 1945 et 1955, dans ce que l’on continue généralement d’appeler « die französische Zeit » (« la période française »). D’un point de vue strictement juridique, l’édifice est en effet le résultat d’une collaboration des « architectes associés » franco-sarrois Georges-Henri Pingusson, Bernhard Schultheis et Hans Bert Baur[10]. Il a été conçu et érigé entre juillet 1950 et janvier 1955.
Son « commanditaire » français fut Gilbert Grandval (1904-1981), qui fut d’abord colonel dans l’armée de la Résistance (CdlR) dans l’Est de la France avant de devenir gouverneur militaire, haut-commissaire puis ambassadeur de France en Sarre (1945 – 1955). Baur, un architecte formé initialement dans la tradition du Neues Bauen[11] à Stuttgart et qui exerça dans plusieurs bureaux d’architectes en Allemagne et Autriche, a travaillé une première fois pour Grandval dans le cadre de la reconstruction du château du Halberg, situé sur les hauteurs de la vallée de la Sarre, en tant que responsable de l’aménagement de cette première résidence du gouverneur militaire[12]. C’est au plus tard à cette époque que Baur collabora pour la première fois avec Pingusson qui avait pour sa part dessiné les plans du bureau de Grandval dans sa première résidence le « Halberg Schloss »[13]. Les transformations apportées par Baur ne sont pas sans évoquer la future ambassade qui sera édifiée à partir de 1950 dans le centre de la ville, sur la rive du fleuve. Schultheis, quant à lui, était depuis 1948 le premier président de la Chambre d’Architecture de la Sarre.

« Un pont sur la Sarre »

Le propriétaire du terrain sur lequel fut construit l’ambassade était l’Etat de la Sarre, représenté par Johannes Hoffmann, un ancien journaliste sarrois qui devint le 15 décembre 1947 le premier ministre-président de la Sarre après être rentré en août 1945 d’un exil au Brésil, où il avait cherché à échapper aux persécutions subies sous le 3e Reich.
Le bâtiment avait de ce fait un statut hybride : financé à la fois par la France et la Sarre, il appartenait à la Sarre alors indépendante, mais était dévolu autant à la représentation de la France, qu’à celle de la Sarre en Europe. Le temps a malheureusement manqué pour installer cette vision dans les esprits, dans la mesure où dès 1955, les enjeux devenaient autres.

Le jour même de la nomination de Johannes Hoffmann, la Constitution de la Sarre prit effet. Son préambule s’adressait au peuple sarrois, le « saarländisches Volk », et il stipulait que « sa mission est de constituer un pont pour l’entente entre les peuples / « dessen Sendung es ist, eine Brücke zur Verständigung der Völker zu bilden. [14]» L’image évoquée ici allait se retrouver dans le drapeau et le blason de ce nouvel État[15]. Et elle se retrouve aussi dans l’image de la « région-charnière » qu’il s’agissait de faire de la Sarre, selon le « plan régional » publié en Mai 1947 dans l’étude La Sarre Urbanisme 1946[16], un premier manifeste plaidant pour la réinterprétation et la réorganisation de ce territoire dans le respect de ses données politiques (militaires), économiques et culturelles.

Grandval et Pingusson, pour qui ce plan restait toujours d’actualité au moment de la construction de l’ambassade bien des années plus tard, s’accordaient tous deux à voir la Sarre comme « l’un des meilleurs territoires d’Europe »[17]. Pour Pingusson, l’urbanisme moderne était capable de redéfinir le vivre ensemble et de l’adapter aux besoins de l’homme contemporain, de faire sortir des ruines « d’immenses sources de bonheur et de richesse »[18]. Son ambition était de contribuer à donner une identité européenne moderne à ce territoire « entre deux cultures », prédestiné à devenir « un élément de transition et d’harmonisation »[19].
Un coup d’œil sur le plan de Sarrebruck montre que Pingusson avait envisagé un nouveau centre-ville avec une « place principale » sur la rive droite de la Sarre, qui devait s’ouvrir et se prolonger sur l’autre rive du fleuve. C’est exactement là que s’élèvera l’ambassade peu de temps après, sur la rive gauche du fleuve, du côté de la France[20]. L’édifice érigé le long de la Sarre bordait une allée qui devenait devenir la « route de l’Europe » entre Luxembourg et Strasbourg[21]. Pour Pingusson, celui-ci devait incarner « la volonté de nouer des liens (sic !) d’amitié féconds et durables »[22]. Le nom même de la ville, Sarrebruck (Saarbrücken), contenait en germe selon lui sa vocation à être un « pont sur la Sarre ». Dans le même temps, le bâtiment était censé aussi ouvrir une perspective sur la ville elle-même et sur les nouvelles infrastructures politiques, comme le Parlement, le Landtag[23].
Pingusson eut maintes fois l’occasion de présenter ses plans pour la reconstruction de Sarrebruck, non seulement sur place, mais aussi à Paris (par exemple au Salon d’Automne de René Herbst en Septembre 1948)[24]. Le 14 juillet 1947, ses plans furent traduits et publiés une première fois dans Saar Städtebau 1946[25], une publication qui, au premier regard, semble identique à la version française (La Sarre Urbanisme 1946). À y regarder de plus près cependant, on peut constater qu’il y manque en réalité des parties essentielles comme le chapitre « Plan » contenant le plan d’aménagement régional, et les erreurs de traduction abondent. Début décembre 1947 le premier numéro de BAU (Construction), le magazine sarrois de l’habitat du travail et du repos, édité par l’architecte Otto Renner, en publiera une version remaniée[26]. L’architecture et l’urbanisme sont présentés ici comme les clés d’une vie meilleure et comme les marqueurs d’une société moderne et démocratique. Pour la première fois, on peut y lire des extraits de la Charte d’Athènes en allemand : „ 1. Die Stadt ist ein Teil eines ökonomischen, sozialen und politischen Ganzen: des Gebiets (der Region)“ (« 1. La ville fait partie d’un ensemble économique, social et politique, du territoire, de la région. »). L’éditeur conclut sur ces mots : „Möge die Zeitschrift BAU nun ihre Aufgabe erfüllen und zum Aufbau und zu der Gestaltung eines neuen Europa beitragen!“ (« Que le magazine BAU remplisse désormais sa mission et contribue à la construction et au développement d’une nouvelle Europe ! »)[27]

Capitale de la CECA

La situation centrale de l’ambassade dans le plan de la ville, son histoire et les progrès de sa construction et de son équipement sont étroitement liés aux débuts de la CECA et au projet « Sarrebruck Capitale de la CECA ». Les premiers plans de situation, plans de masse et esquisses de la décoration intérieure de l’ambassade ont été dressés en juillet et août 1950, à peine deux mois après la présentation par Robert Schuman du projet d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, le 9 mai 1950 à Paris. Le premier plan d’exécution signé par les « architectes associés Pingusson-Schultheis-Baur » / Architektengemeinschaft Pingusson-Schultheis-Baur date de la fin de l’année 1950. Les architectes expliquèrent leurs plans dans un texte rédigé en commun, un « projet descriptif de la construction »[28] sur lequel allaient se fonder plus tard toutes les descriptions parues dans les journaux. La construction de l’ambassade et celle d’un nouveau centre-ville autour de l’édifice y apparaissaient comme des parties d’un seul et même programme de construction.
En juin 1951, Saarbrücken se porta candidate pour devenir le « siège des institutions permanentes du Pool » auprès de la Haute Commission de la CECA, une instance supranationale. Le maire s’engagea à construire des bâtiments administratifs adaptés « sur des grands terrains propres à la construction en plein centre de la ville »[29]. Grandval développa dans ce contexte la vision d’un deuxième Luxembourg, un « ‚District of Columbia‘ de l’Europe » et il présenta « Sarrebrück [comme] le siège de toutes les Institutions Européennes immédiates ou à venir »[30]. Grandval fut nommé ambassadeur de France en Sarre le 25 janvier 1952. Peu de temps après, il demanda à Hoffmann de promouvoir le projet urbanistique autour de l’ambassade. La même année, Otto Renner, dont il n’existe aucune biographie[31] alors qu’il joua pourtant un rôle éminent dans la candidature de Sarrebruck pour devenir capitale de la CECA dans les années 1950-1955, développa sa propre vision. Même si celle-ci ne s’imposa pas, elle reste intéressante : il s’agissait d’installer dans l’environnement immédiat de l’ambassade le cœur de la Haute Autorité de la CECA qui aurait abrité l’ « Assemblée Générale », le « Comité spécial des Ministres » et la « Cour de Justice »[32].

 

L’ambassade

L’édifice était conçu, d’après la description des architectes, en deux « blocs » de hauteur différente, l’un dédié à l’administration (le consulat), l’autre à l’ambassade. Il consiste en une lame verticale de sept étages, de presque cent mètres de long et seulement huit mètres de large et de trois cubes horizontaux, regroupant les pièces de l’ambassade : réception, résidence et service. Pingusson avait déjà dessiné dans son « Avant-Projet » d’août 1950 de nombreuses esquisses pour l’aménagement de la partie dévolue à l’ambassade, pour l’entrée et les pièces d’habitation ou le bureau de l’ambassadeur qui relient les deux « blocs » du bâtiment. Finalement, ce sont Raffaël Raffel et Jacques Dumond, deux créateurs français alors bien établis qui seront chargés de l’aménagement intérieur et qui feront du bureau de l’ambassadeur et des pièces de réception des vitrines de l’artisanat de luxe français. Les bureaux et les pièces de réception de l’ambassadeur donnent sur le magnifique hall d’entrée, et l’entrée principale est mise soigneusement en valeur par une « cour d’honneur », qui constitue le cœur de l’ensemble de la composition.
Malgré la différenciation des volumes, la circulation entre les différents corps de bâtiment est fluide : les plans horizontaux et verticaux, les espaces intérieurs et extérieurs s’interpénètrent de manière organique. Certains espaces sont même modulables, tels les bureaux dans le bâtiment-haut ou la salle de réception : ses élégantes portes articulées, d’une hauteur inhabituelle, peuvent, si besoin est, ouvrir la pièce sur le hall d’entrée. Quelques-uns des meilleurs représentants de l’art moderne et du design ont travaillé à ce projet.
De nombreux éléments d’origine ont été conservés, ils témoignent toujours du faste de l’ancienne ambassade, comme les monumentales tapisseries de 75 mètres carrés, conçues sur mesure en France par François Arnal, que l’on peut encore admirer aujourd’hui dans le hall d’entrée ou le dessin monumental d’un paysage industriel de Claude Maurel, conçu à la manière de Piranèse, un relief mural de Otto Lackenmacher.
Un ensemble de détails moins spectaculaires au premier regard et pourtant tout aussi soigneusement pensés mérite aussi d’être évoqué, comme les luminaires de Georges Lévy Mazeaud et de Hans Bert Baur, les poignées de porte et autres éléments de quincaillerie ou les pièces de Boris Kleint[33] et de l’artiste verrier Henri Navarre, qui malheureusement n’ont pas été préservées. Les architectes ont construit un symbole de « l’esprit contemporain » tel qu’ils l’entendaient : souci de transparence, rôle de l’artisanat et respect du matériau.
Si « la planification ouverte » de l’ambassade rappelle celle du bâtiment du Bauhaus à Weimar de Walter Gropius et son projet d’Académie Philosophique Internationale[34], son ameublement, surtout le « bloc » Ambassade, s’inscrit pleinement dans la tradition des arts décoratifs et de l’artisanat de luxe français[35].

En 1954, le bloc de l’ambassade (le « bloc I ») est doté de son précieux ameublement sans que cela ne fasse l’objet de mention particulière dans la presse de l’époque. En 1955, en revanche, L’Architecture d’aujourd’hui et un numéro spécial bilingue de Nature et technique, édité par Otto Renner, sont consacrés à la « Sarre et à sa mission européenne » et à l’ « Ambassade de France en Sarre à Sarrebruck », en l’occurrence au « nouveau bâtiment de l’Ambassade de France à Sarrebruck ». Tandis que dans la revue française on peut lire que Pingusson est le maître d’œuvre du projet architectural, Nature et technique, en revanche, présente « les architectes Pingusson, Schultheis, Baur » comme les responsables de la « planification et la mise en œuvre.[36]» Dans les deux cas toutefois, c’est le Haut-bâtiment, bien visible de la Sarre, qui est au centre de l’attention.
Il n’est pas anodin en la circonstance que la partie du bâtiment dévolue à l’ambassade proprement dite soit justement celle qui fut la plus instrumentalisée par les partis nationalistes et soumis à une virulente propagande avant le référendum. En août 1955, un article paru dans Deutsche Saar Zeitung intitulé « Grand luxe dans le palais de l’ambassadeur » dénonçait ainsi l’usage de « bois nobles et de marbre », la présence de « Gobelins et de tapis persans d’une valeur de plusieurs millions », il soulignait l’existence d’un étang à poissons, d’une serre, d’une piscine climatisée et notait : « Le luxe mirifique du palais de l’ambassadeur a de quoi faire enrager le contribuable sarrois.[37]» Quelques années plus tôt déjà, Grandval, « le gouverneur de la Sarre » et le « gouvernement d’exilés » dirigé par Hoffmann avaient fait l’objet de virulentes attaques dans la presse, en Allemagne comme en France, de la part de ceux qui refusaient l’autonomie de la Sarre.

Hans Bert Baur, Gilbert Grandval et Johannes Hoffmann achevèrent ensemble le projet de l’ambassade en janvier ou juin 1955. L’ensemble s’élevait à un montant total de « 880.000.000 francs français »[38]. Il n’est pas possible de déterminer ce qui devait être réellement pris en charge par le gouvernement de la Sarre et celui de la France.
Tandis que l’étoile de Pingusson pâlissait très rapidement, la réputation de Grandval se dégrada au point de faire de lui un symbole emblématique de l’échec global du projet politique que Pingusson, Hoffmann, Grandval et Robert Schuman avaient voulu porter pour la Sarre. Les calomnies visaient à disqualifier l’ensemble d’une démarche dont la dimension culturelle et européenne contrevenait à l’évidence aux intérêts économiques des pays concernés. Adenauer ne déclarait-il pas devant le parlement allemand en 1952 que l’Allemagne (RFA) n’avait aucun intérêt à un État sarrois indépendant ? Avec la fin de l’autonomie de la Sarre, l’ambassade de Sarrebruck perdit, au propre et au figuré, sa fonction politique. Le journaliste franco-allemand Peter Scholl Latour (qui fut porte-parole du gouvernement sarrois de 1954 à 1955) décrit l’atmosphère d’alors dans le Saarbrücker Zeitung du 6 juin 1959 : « La construction audacieuse et élancée qui domine le port de Sarrebruck et que l’on surnomme « le mouchoir de poche » dans le langage populaire, va changer de main dans un futur proche. En hiver, les rangées de fenêtres éclairées devant les eaux sombres de la Sarre évoquaient la silhouette d’un paquebot. Bientôt, l’ancien équipage des représentants de la France à Sarrebruck quittera le navire. Ce qu’il adviendra du bâtiment érigé sur les rives de la Sarre, qui s’affirme aujourd’hui comme l’une des créations architecturales les plus réussies du paysage urbain de Sarrebruck, personne ne le sait encore. [39]»
Le 5 Juillet 1959, l’union douanière et monétaire avec la France prenait fin et la réunification de la Sarre avec la République fédérale d’Allemagne était actée. En 1960, l’ancienne ambassade devint le « Dienstgebäude Ministerium für Kultus und Heimat » (Services du ministère de la culture, de l’enseignement et de la patrie) avec une tout autre philosophie et un tout autre idéal esthétique. Aujourd’hui le bâtiment accueille le Ministère de l’Enseignement et de la Culture en Sarre.
En 1985, le service régional de la conservation du patrimoine (Staatliches Konservatoramt des Saarlandes) classa le bâtiment eu égard à « son intérêt historique, artistique, économique et particulièrement urbanistique. Le classement concerne le site dans son ensemble, les murs, les équipements (mobilier d’époque), ainsi que leur environnement.[40]» Depuis le milieu de l’année 2014, le bâtiment est vide. La constante exposition des côtés Nord et Est du bâtiment à l’utilisation intensive de l’autoroute, construite de 1956 à 1963, puis en 1986, a contribué à sa dégradation. Les responsables n’ont pas encore proposé jusqu’ici de réaffectation à la hauteur de son importance culturelle et politique. Aujourd’hui, l’ambassade ressemble plus que jamais à un paquebot échoué.

Que les projets de Pingusson n’aient été réalisés que partiellement ou soient tombés dans l’oubli, quand ils ne sont pas carrément traités par le mépris, ne changent rien au fait qu’il a porté la vision d’une communauté interculturelle et supranationale qui reste vivace aujourd’hui dans le modèle de la Grande Région et des relations que la Sarre entretient avec ses voisins. Des années plus tard, alors qu’il avait déjà quitté la région, Pingusson rêvait encore, d’une solidarité « sarro-lorraine », et il continua d’entretenir des relations professionnelles avec le Luxembourg ou la Wallonie. Ce n’est pas un hasard s’il propose dès 1947 dans La Sarre Urbanisme 1946 de compléter le plan régional pour la Sarre par des plans régionaux pour la Lorraine et le Luxembourg.
Trop d’études négligent encore la dimension européenne de l’« esprit contemporain » que les acteurs politiques et culturels de l’époque voulaient insuffler à la Sarre. Bien qu’au cours des dernières années quelques publications ont été consacrées à l’ambassade, il manque toujours une recherche fondamentale comparative qui prenne en compte la littérature secondaire aussi bien en langue allemande qu’en langue française, et qui se fonde sur des recherches en archives, à la fois en Sarre, dans le reste de l’Allemagne ou en France. On peut déplorer, par exemple, qu’une analyse des bâtiments selon des critères scientifiques de l’histoire de l’art ou de l’architecture fasse toujours défaut aujourd’hui, de même qu’il n’existe encore une traduction des sources primaires dans les deux langues. Le problème est que les moyens alloués à des projets de recherche aussi complexes sont réduits, même lorsqu’ils ont une dimension européenne, car ils ne produisent pas forcément de résultats sur le court terme.
Faire de l’ambassade de France à Sarrebruck le symbole d’une victoire de l’esprit français[41] est une vision aussi réductrice que de considérer l’émancipation politique et culturelle initiée depuis 1945, comme un échec, car le 23 octobre 1955 67,7% des Sarrois votèrent à la surprise générale contre le statut européen de la Sarre et en faveur de la réunification avec l’Allemagne. Cette vision fataliste de l’histoire, emprunte de préjugés tenaces, s’oppose étrangement à la vision constructive de cette région, défendue à l’époque par Robert Schuman et ses « alliés » – avant tout Pingusson, Grandval, Hoffmann et Renner -, et à leur engagement pour la cause de l’Europe. Elle est aussi l’un des freins idéologiques qui déforment la perception que l’on peut avoir de cette époque[42].

[1]

Gouvernement Militaire de la Sarre Section Urbanisme et Reconstruction (Ed.), La Sarre Urbanisme 1946, Sarrebruck 1947, p. 97.

[2]

Cf. Simon Texier, „Die Französische Botschaft in Saarbrücken / L’Ambassade de France à Sarrebruck Georges-Henri Pingusson“, in : Simon Texier: Georges-Henri Pingusson. Architecte (1894-1978). La poétique pour doctrine. Paris 2006, p. 220-225. Article repris dans « Die ehemalige Französische Botschaft in Saarbrücken von Georges-Henri Pingusson », Saarbrücken, Deutscher Werkbund Saarland und Institut für aktuelle Kunst im Saarland (Hg.), 2014, p. 48-53.

[3]

« Essai de Réorganisation Européenne avec le ‚Planning moderne‘», in : Architecture d’aujourd’hui, n° 1, 1945, p. 10 : « Les pays modernes bilingues de la frontière franco-allemande s’inscrivent presque exactement dans les anciennes limites de la Lotharingie. »

[4]

Fernand Braudel, L’identité de la France, Espace et histoire, Paris 1986, p. 17.

[5]

Thomas Gergen, « Von der Saarprovinz zum Saarland. Die Vorgängerorganisationen des Saarlandes bis zu den Volksabstimmungen von 1935 und 1955 », Saarländische Kommunalzeitschrift, n°9, 2005, p. 211-230.

[6]

Cyril Daydé, Zone française d’occupation en Allemagne et en Autriche (ZFO) 1945-1955, La Courneuve, Ministère des Affaires étrangères Direction des Archives, Centre des archives diplomatiques de La Courneuve (Ed.), Mai 2013.

[7]

Stadt Saarbrücken / Ville de Sarrebruck (Hrsg.), Montan-Hauptstadt Saarbrücken/Sarrebruck, Capitale du Pool Charbon-Acier, Saarbrücken, 1953.

[8]

Cf. Eva Mendgen, « Über die Grenzen hinaus », in: Olaf Zimmermann (dir.), Die dritte Säule : Beiträge zur Auswärtigen Kultur- und Bildungspolitik, Berlin, Deutschen Kulturrat, 2018, p. 369-370.

[9]

Werner Eckhardt, Die Saar fließt nach Europa, Frankfurt, Verlag der Frankfurter Hefte, 1954, p. 178.

[10]

Eva Mendgen, « Ex-Ambassade, die Botschaft Frankreichs an der Saar », Saarbrücker Hefte, 2014, p. 90-96.

[11]

Le Neues Bauen (auch „Neue Bewegung“, „Neue Sachlichkeit“) est un courant architectural, version allemande du Mouvement moderne, un réformisme architectural introduit par le Deutscher Werkbund et le Bauhaus. Ce mouvement est volontiers associé à Le Corbusier, Walter Gropius, Mies van der Rohe, Max Taut oder Pier Luigi Nervi. Cf. entre autres Klaus-Jürgen Winkler, Bauhaus und Neues Bauen, in: Nationalatlas Bundesrepublik Deutschland, Leipzig, Heidelberg, Institut für Känderkunde, Spektrum Akad. Verl., 2002, p. 154-155. http://archiv.nationalatlas.de/wp-content/art_pdf/Band6_154-155_archiv.pdf.

[12]

Saarländischer Rundfunk, Interview Axel Buchholz-Eva Mendgen du 1. 05. 2016 : Schloss Halberg: ein herausragender „europäischer“ Ort. https://www.sr.de/sr/home/der_sr/wir_uber_uns/geschichte/fundstucke/20160501_fundstueck_mai2016_schloss_halberg100.html
Burgard, Paul, « Die Schlösser des Monsieur Grandval. Teil 1: Die Metamorphosen des Halbergs », SaarGeschichten,n°1, 2017, p. 20-35.

[13]

Centre des archives d’architecture du XXème siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, Fonds Pingusson, Dossier Ambassade, PINGU-H-50-2, 117.

[14]

http://www.verfassungen.ch/de/saar/saarland47-index.htm

[15]

http://www.saar-nostalgie.de

[16]

Gouvernement Militaire de la Sarre Section Urbanisme et Reconstruction (Ed.), La Sarre Urbanisme 1946, achevé d`imprimer en Mai 1947 à Sarrebruck sur les presses de la Malstatt-Burbacher Handelsdruckerei G.m.b.H. sous le contrôle technique de l’Imprimerie Nationale, 100 pages. L’étude a été conçue par l’équipe des Urbanistes de la Sarre. Elle a été tirée à 1200 exemplaires. Cf. notamment les pages 96 à 99.

[17]

D‘après Dieter Heinz, Zum Wiederaufbau in Saarbrücken, Manuscrit inédit, Archives privées.

[18]

Georges-Henri Pingusson, L’Urbanisme de notre temps, manuscrit inédit de 1952, Centre des archives d’architecture du XXème siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, Fonds Pingusson, Pièces personnelles et professionnelles.

[19]

G.-H. Pingusson, « Urbanisme en Sarre », Architecture d’aujourd’hui, n° 21, Nov-Dec 1948, p. 3.

[20]

Norbert Mendgen, « L’Urbanisme: Utopie et Réalité à l’exemple de Sarrebruck », in: Francine-Dominique Lichtenhan (dir.), Europe 1946. Entre le Deuil et l’Espoir. Caen, Mémorial de Caen, Centre de recherche d’histoire quantitative, 1996, p. 199-212.

[21]

Willi Feien, « Der Wiederaufbau der Stadt Saarbrücken. Eine städtebauliche Plauderei », Saarbrücker Hefte, 1-2, 1955, p. 9.

[22]

Georges-Henri Pingusson, Manuscrit de l’article « Ambassade Française à Sarrebruck » qui paraît dans Architecture d’Aujourd’hui, n°4, p. 195 , Centre des archives d’architecture du XXème siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, Fonds Pingusson, Pièces personnelles et professionnelles.

[23]

G.H. Pingusson, « Ambassade Française à Sarrebruck », Architecture d’Aujourd’hui, n°4, 1953, p. 82: « Le terrain se trouve placé le long de la Sarre et de ses berges aménagées en jardins publics à l’angle de l’axe Nord-Sud de la ville et de l’allée qui borde la Sarre (Saarufer) ». « Celle-ci prolonge l’allée centrale du parc du château où sont situés les bâtiments administratifs de la ville, notamment le Landtag. L’Ambassade formera ainsi le fond de la perspective ouverte depuis la Place Centrale de Sarrebruck.»

[24]

« Dépenses effectuées par M. Pingusson pour les travaux de la Maquette de la Ville de Sarrebruck pour l’exposition au Salon d’Automne à Paris, Septembre 1948 » (Bilan), Centre des archives d’architecture du XXème siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, Fonds Pingusson, Pièces personnelles et professionnelles.

[25]

Gouvernement Militaire de da Sarre Section Urbanisme et Reconstruction (Hg.), Die Saar Städtebau 1946, Buchdruck und Buchbinderarbeiten: Malstatt Burbacher Handelsdruckerei G.m.b.H, Gesamte Druckbearbeitung: Heiner Hantschke unter technischer Kontrolle der ‚Imprimerie Nationale‘, Saarbrücken (juillet 1947).

[26]

Georges-Henri Pingusson, « Projekt für Saarbrücken, Nachdruck aus Die Saar Städtebau », BAU, n° 1, Décembre 1947, p. 37 -51.

[27]

BAU-Zeitschrift – wohnen arbeiten sich erholen, Heft 1, 1. Dezember 1947, p. 4. Autorisée par le Gouvernement Militaire de la Sarre“ – Direction de l’information , Nr. 3174, Inf. 5.3.1947 – La revue sarroise a été soutenue par les revues françaises suivantes : L’Architecture d’aujourd’hui, L’Homme et l’architecture, Techniques et architecture.

[28]

Tapuscrit, « AMBASSADE DE FRANCE EN SARRE – „Projet descriptif de la construction“, „Sarrebruck, le 20 Janvier 1951: PINGUSSON, SCHULTHEIS, BAUR Architectes associés. » Centre des archives d’architecture du XXème siècle, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, Fonds Pingusson, Dossier Ambassade.

[29]

Lettre de Peter Zimmer, Maire de Sarrebruck, à Robert Schuman, Président de la conférence de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, Ministre des Affaires Étrangères de la République Française, Quai d’Orsay, Paris, daté de Sarrebruck, le 9 juin 1951 (Landesarchiv des Saarlandes, Saarbrücken).

[30]

Dieter Marc Schneider, « Gilbert Grandval Frankreichs Prokonsul an der Saar 1945 – 1955 », in: Stefan Martens (Dir.), Vom « Erbfeind » zum « Erneuerer ». Aspekte und Motive der französischen Deutschlandpolitik nach dem Zweiten Weltkrieg, Sigmaringen, 1993, p. 201-243, Note 134.

[31]

Cf. Carola Hein, The Capital of Europe. Architecture and Urban Planning for the European Union, London, Praeger, 2004, p. 43-53.

[32]

Numéro spécial du „Bau-Anzeiger für das Saarland“ avec une préface du maire de la ville de Saarbruck, 5.Jg., Saarbrücken 1952.

[33]

Foyer de la cantine et bar (dit aussi la salle de bibliothèque, aujourd’hui détruite). Conception artistique, in : Norbert Mendgen, « L’Urbanisme: Utopie et Réalité à l’Exemple de Sarrebruck », dans Francine-Dominique Lichtenhan: Europe 1946 – Entre le Deuil et l’Espoir, Caen 1996, p. 199-212.

[34]

Siegfried Giedion, Raum, Zeit, Architektur, Ravensburg 1964, p. 311-312.

[35]

Il faut noter qu’il subsiste encore un grand nombre de pièces ayant servi à l’aménagement intérieur. Mais en l’absence d’un « Raumbuch » et d’inventaire, il est très difficile aujourd’hui de reconstituer leur histoire et d’identifier leurs créateurs.

[36]

Otto Renner, « Der Neubau der französischen Botschaft in Saarbrücken / Le nouveau bâtiment de l’Ambassade de France à Sarrebruck », Natur und Technik, n°4, 1955, p. 56-57.

[37]

Anonyme, Deutsche Saar Zeitung, Août 1955, Stadtarchiv Saarbrücken, 79995 55-64/7911.

[38]

Cela correspond au devis estimatif des architectes du 27.6.1952, accepté par le gouvernement de la Sarre. Les deux lettres sont conservées au Landesarchiv des Saarlandes, Saarbrücken.

[39]

Peter Scholl-Latour, « Das ‚schmale Handtuch‘ wechselt seine Bewohner – Aus der französischen Delegation wird das wichtigste Generalkonsulat auf deutschem Boden », in: Saarbrücker Zeitung, 6 juin 1959.

[40]

Lettre du Konservatoramt des Saarlandes au Ministre de la culture, de l’éducation et de la science du 23 juillet 1985, coll. privée. En dépit de la protection dont il fait l’objet, le bâtiment a souffert, à tel point que le ministère de la Culture a dû déménager en 2014 pour permettre une rénovation générale.

[41]

Benoît Carrié, par exemple, interprète l’ambassade comme « un remarquable dispositif scénographique propice aux multiples mises en scène du pouvoir », mais il n’entend par là que le pouvoir français. Il donne par ailleurs de la France une image réductrice pour ne pas dire convenue. La France devenant dans son analyse l’incarnation d’une « vision humaniste et cartésienne. » Cf. Benoît Carrié, « La construction de l’ancienne ambassade de France à Sarrebruck : le destin tumultueux d’un prototype devenu unicum », in: In Situ [en ligne], Revue des patrimoines 34/2018, mis en ligne le 23 mai 2018.
URL : http://journals.openedition.org/insitu/16039 ; DOI : 10.4000/insitu.16039

[42]

Cet article est la première synthèse d’une étude du même titre menée par l’auteur depuis 2014 dans le cadre de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy. Il s’intègre dans une réflexion plus générale sur la définition d’un espace culturel, patrimonial de la Grande Région, et sur la question de l’architecture et de l’urbanisme contemporains transfrontaliers. Le projet prenait comme cas d’étude concret l’ancienne ambassade de France en Sarre, avec pour objectif la réalisation d’une étude de caractère historique croisant l’analyse architecturale de l’édifice, le contexte de sa genèse et la réception de l’œuvre en interrogeant les enjeux de mémoire qui se nouent autour du devenir actuel de l’édifice comme patrimoine partagé à l’échelle de la ville de Sarrebrück et à celle de la Grande Région.